Théorie de la propriété/168

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[original French]

pour diviniser la concupiscence, comme le lui a tant reproché le christianisme, est justement celle qui ramène la concupiscence à la conscience. Si jamais l'égoïsme devient identique et adéquat en nous à la Justice; si la loi morale est recherchée avec le même zèle que le profit et la richesse; si, comme le prétendait Hobbes, la règle de l'utile peut servir un jour de règle de droit; et l'on ne peut douter que tel ne soit, en effet, le but de la civilisation; c'est à la propriété que le monde devra ce miracle.

Suivant que nous envisageons la propriété dans son principe ou dans ses fins, elle nous apparaît comme la plus insigne et la plus lâche des immoralités, ou comme l'idéal de la vertu civile et domestique.

Regardez cette face vulgaire, sur laquelle ne brille aucune étincelle de génie, d'amour ni d'honneur. L'œil est louche, le sourire faux, le front inaccessible à la honte, les traits heurtés, la mâchoire formidable, non pas mâchoire de lion, mais mâchoire d'hippopotame. L'ensemble de la physionomie semble dire : Tout est néant, fors d'avoir du bien, d'en avoir assez, de quelque manière qu'on l'ait acquis. Le personnage n'est point si grossier qu'il ne comprenne que propriété n'est pas mérite; mais il ne fait aucun cas du mérite, convaincu que noblesse, bravoure, industrie, talent, probité, tout ce que les hommes estiment, sans ''Avoir, est zéro, et que celui qui peut dire: J'ai, peut fort bien se passer du reste. Il ne disputera pas avec vous sur l'origine et la légitimité de la propriété; il incline à croire, in petto, que la propriété ne fut

[English translation]

to deify concupiscence, as it has been so often reproached by Christianity, is precisely that which will return concupiscence to conscience. If selfishness never becomes in us identical and adequate to Justice; if the moral law is sought with the same zeal as profit and wealth; if, as Hobbes claimed, the rule of utility can one day serve as the rule of right; and one cannot doubt that would be, indeed, the aim of civilization; it is to property that the world would owe this miracle.

Depending on whether we envision property according to its principle or its ends, it will appear to us as the greatest and most cowardly of immoralities, or as the ideal of civil and domestic virtue.

Look at that vulgar face, on which shines no glint of genius, love or honor. The eye is suspicious, the smile false, the front inaccessible to shame, features clash, the formidable jaw, not the jaw of the lion, but of a hippopotamus. The whole physiognomy seems to say: All is nothing, except to have goods, to have enough of them, in whatever manner they have been acquired. The character is not so coarse that he does not understand that property is no merit; but he makes no case for merit, convinced that nobility, bravery, industry, talent, probity, everything that men esteem, without Holdings, is zero, and that he who can say: I have, can very well pass on the rest. He will not argue with you about the origin and legitimacy of property; he is inclined to believe, in petto, that property was