Théorie de la propriété/224

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[original French]

pas propriétaire de la terre : comment une nation, comment un particulier se dirait-il souverain de la portion qui lui est échue? Ce n'est pas l'humanité qui a créé le sol : l'homme et la terre ont été créés l'un pour l'autre et relèvent d'une autorité supérieure. Nous l'avons reçue, cette terre, en fermage et usufruit; elle nous a été donnée pour être possédée, exploitée par nous solidairement et individuellement, sous notre responsabilité collective et personnelle. Nous devons la cultiver, la posséder, en jouir, non pas arbitrairement, mais selon des règles que la conscience et la raison découvrent, et pour une fin qui dépasse notre plaisir : règles et fin qui excluent tout absolutisme de notre part, et reportent le domaine terrien plus haut que nous. L'homme, dit un jour un de nos évêques, est le contre-maître du globe. Cette parole a été beaucoup louée. Or, elle n'exprime pas autre chose que ce que je viens de dire, que la propriété est supérieure à l'humanité, surhumaine, et que toute attribution de ce genre, à nous pauvres créatures, est usurpation.

Tous nos arguments en faveur d'une propriété, c'est-à-dire d'une souveraineté éminente sur les choses, n'aboutissent qu'à prouver la possession, l'usufruit, l'usage, le droit de vivre et de travailler, rien de plus.

Il faut arriver toujours à conclure que la propriété est une vraie fiction légale; seulement il pourrait se faire que cette fiction fût telle dans ses motifs que nous dussions la regarder comme légitime. Sans cela

[English translation]

proprietor of the earth: how could a nation, how could a private individual say that it is sovereign of the portion which it is due? Humanity has not created the soil: man and the earth have been created for one another and come under a higher authority. We have received the earth in tenancy and usufruct; it has been given to us to be possessed, exploited by us solidarily and individually, under our collective and personal responsibility. We become the cultivator, the possessor, by enjoying, not arbitrarily, but according to rules that consciousness and reason discover, and for an end which goes beyond our pleasure: these rules and this end exclude all absolutism on our part, and refer terrestrial domain to a higher authority than ours. Man, said one of our bishops one day, is the foreman of the globe. That speech has been highly praised. Well, it does not express anything but what I have just said, that property is superior to humanity, superhuman, and that every attribution of that sort, to us poor creatures, is usurpation.

All of our arguments in favor of property, that is, of an eminent sovereignty over things, only succeed in demonstrating possession, usufruct, usage, the right to live and to work, nothing more.

We must always come to the conclusion that property is a true legal fiction; only it could be that the fiction grounded in such a way that we must regard it as legitimate. Otherwise,