Transformation du gouvernement républicain/14

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Transformation du gouvernement républicain/14/13 Transformation du gouvernement républicain/14/15

[original French]

en froid. Pour nous guérir de ce mal, on nous pro- pose la souveraineté d'une seule Chambre. Mais re- marquons qu'avec la centralisation ce sera comme une Convention ; encore du gouvernement à la Louis XIV. Nous tomberons de fièvre en chaud-mal.

La centralisation a pour conséquence la concentra- tion du pouvoir : elle en est la forteresse, et par là se forme l'autorité, un absolu qui, par raison d'Etat, ab- sorbera toujours les diverses forces du corps social, éteignant la vie locale, ou, comme disent les Jacobins, l'influence de clocher. Le pouvoir tend aussi à la per- sonnalité, et la responsabilité qu'il invoquera ne sera qu'une fiction qui servira à couvrir son absolutisme.

Avec l'unité politique, que le peuple délègue le pou- voir à une seule Chambre, à un Napoléon ou à un dic- tateur quelconque, la souveraine autorité, issue du vote populaire ou du droit divin, reposant sur une seule tête, ou partagée entre plusieurs, nous tour- nons dans le même cercle; les décrets du souverain sont exécutoires, pour ou contre la liberté ou le sen- timent de la nation : c'est toujours le despotisme.

La concentration du pouvoir a pour contrefort la concentration des gros intérêts. Voilà pourquoi les gou- vernements forts restent toujours étrangers aux ques- tions sociales que l'idée du progrès économique sou- lève parmi nous. « Je nie la question sociale », a dit M. Gambetta. Dans la position élevée qu'il occupait, c'est comme s'il avait dit : « L'Etat, c'est moi », sub- stituant ainsi à cette question sa haute personnalité. Il faut que la réaction n'ait guère eu l'intelligence des choses politiques pour n'être pas venue à lui ; il ne lui avait cependant pas marchandé en maintes occasions les adulations et les flatteries ; il était prêt à se dévouer pour elle, tandis qu'il devenait menaçant pour ie peuple qui lui avait donné ses suffrages. Mais ne médisons pas, il a expié : il s'est laissé prendre à l'engrenage politique qu'il voulait diriger.

[English translation]

in cold. To cure us of this evil, one proposes to us the sovereignty of a single Chamber. But note that with the centralization it will be like a Convention; encore of the government à la Louis XIV. We will fall out of the frying pan into the fire.

Centralization has for consequence the concentration of power: it is its fortress, and by that is formed authority, an absolute which, by reason of State, will always absorb the various forces of the social body, extinguishing the local life, or, as the Jacobins said, the local influence [influence de clocher]. Power tends also to personality, and the responsibility that it will invoke will only be a fiction which will serve to cover its absolutism.

With political unity, let the people delegate the power to a single Chamber, to a Napoleon or to whatever dictator, the sovereign authority, issue of the popular vote or of divine right, resting on a single head, or divided among several, we turn in the same circle; the decrees of the sovereign are binding writs, for or against the liberty or the sentiment of the nation: there is always despotism.

The concentration has for buttress the concentration of the large interests. This is why the strong governments always remain strangers to the social questions that the idea of economic progress raises among us. "I deny the social question," said M. Gambetta. In the elevated position that he occupied, it is as if he had said: "The state, c'est moi," thus substituting to that question his august personality. The reaction must have hardly any knowledge of political matters to not come to him; il ne lui avait cependant pas marchandé on many occasions adulation and flattery; he was ready to devote himself to it, while he became threatening to the people who gave him their votes. But let us not speak ill, it has suffered [for it]: it has fallen into the political gears that it wanted to direct.