Transformation du gouvernement républicain/15

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Transformation du gouvernement républicain/15/14 Transformation du gouvernement républicain/15/16

[original French]

V

A M. Jules FERRY.

Philosophie de l'anarchie. — M. Jules Ferry a dit dans son discours aux radicaux de Lyon : « Pas plus » que vous, Messieurs, je n'ai peur des idées avancées, » je ne redoute ni les programmes, ni les esprits » avancés ; mais je redoute les esprits agités et tur- » bulents, ceux qui brouillent tout dans la Républi- » que ». Voilà qui est parlé d'or.

Mais ces esprits turbulents n'ont qu'un but : c'est, à l'imitation de tous les partis, de renverser le gou- vernement pour se mettre à sa place, afin de doter le pays de leur idéologie gouvernementale. Et notons que la nation ne voit encore que ce moyen pour avan- cer, mais y répugne d'instinct, car l'expérience en a suffisamment démontré l'impuissance.

Moi, en fait de gouvernement, je suis anarchiste; je crois à leur disparition prochaine, ou, si vous vou- lez, à leur transformation. Voilà une idée avancée, et comme elles ne vous font pas peur, nous pourrions en raisonner et même sur certains points nous entendre.

La liberté de la presse et le droit de réunion que nous possédons, et dont nous sommes partisans, tels qu'ils sont constitués paraissent suffisants. Mais cela est l'anarchie dans les idées; les conservateurs des vieilles traditions autoritaires ne s'y méprennent pas. Eh bien, cette liberté ou cette anarchie est le seul moyen qui peut servir à former la raison publique et qui nous soutient. Car les idées personnelles, toujours étroites et absolues, ne contiennent qu'une part de la vérité, et sont souvent remplies d'erreurs et de zizanie. Le combat des idées est le crible qui les épure, la vérité doit tôt ou tard en être le produit et amener ainsi l'ordre clans la société, en transformant nos opi- nions individuelles en une synthèse supérieure.

[English translation]

V
To M. Jules FERRY.

Philosophy of anarchy. — Jules Ferry has said in his discourse to the radicals of Lyon: "No more than you, gentlemen, do I fear advanced ideas, I dread neither advanced programs, nor advanced spirits; but I fear agitated and turbulent spirits, those who befuddle everything in the Republic." Those words are golden.

But these turbulent spirits have only one aim: it is, in imitation of all the parties, to overturn the government in order to put themselves in its place, in order to doter the nation their governmental ideology. And let us observe that the nation still sees only that means of advancing, but rejects it from instinct, for experience has sufficiently demonstrated its powerlessness.

Myself, with regard to governments, I am an anarchist; I believe in their imminent disappearance, or, if you prefer, in their transformation. This is an advanced idea, and as they do not cause you fear, we can reason and even agree on some point.

The freedom of the press and the right of assembly that we possess, and of which we are partisans, appear sufficient as they are constituted. But that is anarchy in ideas; the conservatives of the old authoritarian traditions are not mistaken about that. Well, that liberty or anarchy is the only means that can serve to form the public reason and which sustains us. For individual ideas, always straight and absolute, contain only part of the truth, and are often full of errors and ill will. The combat of ideas is the sieve which purifies them, the truth must sooner or later be the product of it and lead thus to order in society, by transforming our individual opinions in a higher synthesis.